Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 16:18

 

 

1.       Mozart : Don Giovanni  par Klemperer

 

Le Don Giovanni de Klemperer il faudra que j’en parle plus longuement quand j’aurais réentendu ce disque prêté et jamais rendu (un classique qui vous fait douter en l’espèce humaine). Une réédition s’annonce, grand merci à EMI. Je n’ai jamais entendu le Cosi si discuté du chef (la distribution est trop belle pour moi) et de je regrette que les Noces soient introuvables désormais. Ici il dirige de marbre des monstres de bronze. On passera sur les banalités de Freni, pas à son avantage dans cette tessiture, objectivement. Côté femmes Claire Watson écrase Donna Anna de son métal et de sa discipline, mais m’enchante l’oreille de mordant et de hauteur (et de pianissimo) tandis que j’ai une non moindre faiblesse pour l’Elvira de Christa Ludwig, pas vraiment mozartienne non plus, très Léonore de Fidelio pour le côté « soprano dramatique », mais vigoureuse et sensuelle, un peu transportée au-delà de sa maternité consubstantiel par la tessiture du rôle (le grand air est cependant transposé pour plus de confort). Don Giovanni pourrait avoir peur, s’il n’était pas Ghiaurov, que je trouve, pour ma part, fabuleux dans le rôle, tout noir, mais pas rauque, extrêmement séduisant de timbre et de couleur, autoritaire, finalement plutôt sexy (si on aime les larges poitrails) et, surtout, agréablement mystérieux (comme presque toujours avec lui, qui ne me semble jamais absolument relevé du genre humain.) Il faut saluer la réponse dramatique que lui offre Gedda : lui qu’on a entendu à son plus geignard, presque à la limite du falsetto à certains moments, dans le Don Giovanni de Rosbaud est retourné ici à de meilleurs sentiments. Il est ardent et virile, beaucoup plus dense d’émission mais en même temps d’une légèreté de touche qui en fait un parfait belcantiste amoureux. Ce qui nous vaut deux airs pour ténor d’une beauté vocale très émouvante, ce qui n’est pas un frein à leur dramatisme intrinsèque. Pour quelqu’un qui aime beaucoup ces timbres le trio des masques est merveilleux (et vaut aussi pour une question de couleurs : aucune similarité entre Anne et Elvira … Joie.) Cet appareillage de personnalités fortes et diverses est donc placé sous le patronage spectaculaire de Klemperer à propos duquel je ne peux pas vraiment m’étendre. Il suffit de dire que tout à coup Don Giovanni prend des allures de grande messe … vous pouvez imaginer ma passion pour un tel résultat.  Kaminski avait écrit (comme une critique) que ce n’était décidemment pas un Don Giovanni « raisonnable. » Mort à la déesse Raison qui a toujours été mon ennemie personnelle, de toute manière.  

 

2.       Mozart : Cosi Fan Tutte  par Jochum

 

Ah qu’il est beau et bon le Cosi de Jochum qui a fini par détrôner celui de Rosbaud dans mon cœur volage. On ne peut pas imaginer une version plus teutonne de l’œuvre pourtant (à part Moralt peut-être). A la limite Merriman est naturellement internationale (elle est d’ailleurs, à la limite, celle qui me laisse le moins de souvenirs, malgré quelque chose de spontanément beau et plaisant dans sa voix colorée). Mais les autres …. D’abord Seefried dont on a dit avec raison qu’elle se battait en vain contre des lambeaux de voix. Pourtant je me rends compte que je chéris son incarnation studio davantage que les lives qu’on pourrait penser plus flatteurs à l’oreille. Mais même en live et beaucoup plus jeune, elle n’a jamais eu vraiment l’élan vocale, sans parler de son héroïsme, de Fiordiligi. L’aigu reste ce qu’il est (court), le souffle aussi (court encore). Pour un peu plus de fraicheur et un peu moins de tension on perd le gros plan du studio, indispensable pour suivre le fourmillement du récitatif, les questions posées et les réponses affolées … même défaite Seefried n’est jamais indigne de toute manière … et elle n’est même pas une vieille Fiordiligi. Juste un peu étrange. Comme est étrange le Don Alfonso de Fischer-Dieskau, dans un de ses meilleurs rôles à l’opéra pour moi, idéal en pédant donneur de leçon dans l’absolu, mais que son état de conservation vocale rend beaucoup plus séduisant et chaleureux que ce qu’on est habitué à entendre dans le rôle. Un rival possible pour les deux écervelés, évidemment très élégant en prime, pas Cassandre pour deux sous. La soldatesques a d’assez beaux atouts pour se défendre, notons le, malgré les consonnes toujours trop dures d’Haefliger (on vous parlait du triomphe de germania), ténor de rêve pourtant, qui suspend le temps dans « Un aura », élégiaque et poétique par la seule vertu du raffinement de la projection. Certains trouveront ça trop éthéré peut-être, c’est surtout d’une beauté émouvante. Et puis quel contraste, du coup, avec Prey, très gros garçon, mais aussi bien doté par la nature, la voix avantageuse (et donc le physique qui va avec, imagine-t-on), contrepoint terrien à Haefliger (ce n’était pas la première fois) comme il s’oppose naturellement à Fischer-Dieskau. Bel équilibre donc, que Köth, chimérique de voix, fait violement éclater avec la grâce et le vinaigre de sa voix : autant les hommes s’accordent, autant les dames s’explosent sans s’annuler (enfin par Merriman qui passe partout). On admire l’absence de retenu des compositions qui font de l’artiste une « comédienne » en voix. Une « Sur-Otto » tiens … voir une « Sur-Streich » (qui n’a d’ailleurs jamais été vraiment un modèle d’humour finalement.) Et au dessus de tout ça Jochum trépigne dès l’ouverture et mène son monde tambour (mais pas seulement : bois, cordes, cuivres, tout ce qu’on veut) battant, en épargnant cependant ses chanteurs (Seefried en particulier, finalement jamais réellement mise à mal autrement que par ses propres limites vocales.)   

 

3.       Mozart : Idomeneo  par Busch

 

Je n’ai pas osé réécouter l’Idomeneo du renouveau (la reprise du XXème siècle, un des premiers disques que j’ai commandés sur internet.) Mon souvenir attendri des personnages est trop important à mes yeux pour risquer la désillusion maintenant que je suis plus familier avec l’œuvre. Comment réentendre la princesse barbare de Nilsson par exemple ? La folie est tronquée (et bien tronquée, je le sais maintenant) mais l’intonation tranchante comme un rasoir et raide comme la justice divine était pour moi fascinante, comme le diamant glacé du timbre, son inhumanité primaire. Impossible de ne pas trembler, même quand Elettra soupire d’amour (mais Nilsson ne peut pas vraiment haleter … la ligne est déjà hachurée). C’est d’ailleurs elle qui est la seule raison que j’ai de préférer ce disque à son homologue de studio qui reprenait le reste de la distribution : à savoir en particulier Jurinac, carrément cosmique (la projection, le grave, le poids, la chair, les mots, l’opulence et la noblesse à la fois … arg … je me meurs et toutes les Ilia à venir aussi, d’angoisse et de honte) et Simoneau, divin, tellement beau en prince charmant qu’il parvient presque à éclipser la splendeur de sa partenaire. Leur duo (que je préfère, pour ma part, très nettement à la version avec Idamante castrat) relève plus ou moins de l’archétype jungien : son effet en est donc plus ou moins biologique (en tout cas sur ma personne) et je frissonne en repensant à leurs vocalises en canon. Quant à Lewis, redisons une fois pour toutes ses qualités anglaises de sureté et correction : rien ne bave, tout est grand et mâle, comme il se doit, avec l’énergie que je considère indispensable à Mozart et que rien (même pas la plus grande des richesses vocales) ne peut jamais compenser quand l’interprète ne la trouve pas. Alors écouter cela, malgré les coupures et le choix alternatif de Nilsson, c’est un peu mettre un pied dans l’histoire, que le seul nom (magnifique) de Fritz Busch suffirait d’ailleurs à convoquer.     

 

4.       Mozart : Les Noces de Figaro  par Fricsay

 

Dont je ne dis rien de neuf, parce que je me suis déjà longuement attardé dessus sur l'Isola Disabitata.

 

5.       Ponchielli : La Gioconda  par Gardelli

Encore un souvenir. Le deuxième disque du coffret s’est perdu. Tristesse, tristesse … mais enfin je peux au moins dire mon amour à peine honteux pour cette œuvre dégoulinante de latinité et que je place très haut. La violence qui participe si crument à l’esthétique de la Gioconda agite certaines zones de mon cerveau dans des directions qui semblent bien me convenir. L’acte qui se passe en mer par exemple … tout est si bref, morcelé et d’une intensité quasi tribale que je rends les armes et que je n’agite plus le drapeau du bon goût. Quand, après les cris de volupté Laura dans « Stella del Marinar », on arrive progressivement au duo halluciné d’insultes entre les deux prima donna en colère, ce n’est que pour tomber sur le rythme forcené du chœur avant l’explosion finale. Un orgasme musicale, ou je ne m’y connais pas. Alors, à la limite, ne nous arrêtons pas trop longtemps sur le célèbre  « Suicidio » qui ne prend son sens que si on écoute toute la sombre scène qui l’habille, mais admirons la mélodie brutalement évidente de l’air de la Ciecia ou la grandeur pompière des grands ensembles (sans parler de ce curieux duos finals ou les vocalises sont cruellement ironiques). Ici, dans un disque d’abord prévu pour Souliotis, Tebaldi, « ange des faubourg » comme l’a écrit quelqu’un, c’est évident et comme elle n’a plus honte de rien, elle peut se laisser aller à des poitrinages affolants (la prise de son est extrêmement flatteuse). Horne est étonnante, extrêmement sérieuse et corsetée (ce qui est un bien) et si elle n’est pas une voix séduisante, elle a ici pour elle une tenue de ligne qui est un remède à la fois à sa propre vocalité et aux excès de sa partenaire. Bergonzi est un grand, c’est nous qui avons rapetissé. Tant de timbre, chic, de technique et de style dans si peu de voix, c’est une insulte lancée à la figure de Del Monaco ou Pavarotti. Finalement c’est un peu toute la noblesse de la Sérénissime qui affleure dans le chant de ce héro déguisé en marchand. Quand vient le moment de « Cielo e mar » on retient voluptueusement son souffle, tout attentif à celui, bien mozartien pour le coup, du ténor. Les autres, aussi luxueux sur le papier, (Merrill et Dominguez, impériale dans une tessiture faite pour elle !) sont parfaitement à la hauteur, Dieu merci.  Et Gardelli est très, très, bien, peut-être décomplexé devant la partition, je ne sais pas, mais sa direction a, je suis tenté de dire « pour une fois », quelque chose d’expansif, de naturel et d’attirant qui va si parfaitement à cette musique.  

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Musique
commenter cet article

commentaires

Monsieur Taupe 03/10/2012 13:11


"même défaite Seefried n’est jamais indigne de toute manière … et elle n’est même pas une vieille
Fiordiligi. Juste un peu étrange. "


Bingo, bravo, va et ne pèche plus.


Dans ce Cosi de Jochum, j'aime particulièrement tout les deux finales d'acte. Vous connaissez sa version plus
ancienne, en allemand, avec Köth déjà, et Hertha Querida ?


 


Vous êtes un sacré avocat du DG de Klemperer, décidément. Toujours pas écouté à part deux ou trois miettes. Je
suis surtout très curieux de ses Noces avec Söderström et Bacquier (et bien sûr Anneliese Burmeister en Marcelline et Werner Hollweg en Basile), je parie qu'EMI va les rééditer sur la lancée du
Così, lequel n'est trop beau que pour les femmes, parce qu'entre L. Alva négligé et bête, Sotin transparent en Alfonso et surtout G. Evans, petite horreur éminente, c'est parfois une épreuve.
Avec M. Price et Minton, c'est de la jouissance en continu, mentale comme il faut. Je reste stupéfait par la façon dont Popp s'intègre à cette architecture musicale régie par le chef, quasiment
abstraite, tout en parvenant à caractériser et un personnage vivant, à la fois présent et ambigu.


 


Pour l'Idomeneo rescapé de Fritz Buisson, c'est d'abord la qualité extraordinaire de la direction qui me frappe, pour la fuidité et la tension
exacte. Qu'il soit mort en 1951, à 61 ans constitue une tragédie discographique.