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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 11:55

Hélas on connait davantage Marguerite.

Je n’avais jamais vu danser madame de Nevers, et j’avais un violent désir de la voir, sans en être vu, à une de ses fêtes où je me la représentais si brillante. On pouvait aller à ces grands bals comme spectateur ; cela s’appelait aller en beyeux. On était dans des tribunes, ou sur des gradins séparés du reste de la société ; on y trouvait en général des personnes d’un rang inférieur, et qui ne pouvait aller à la cour. J’étais blessé d’aller là ; et la pensée de madame de Nevers pouvait seule l’emporter sur la répugnance que j’avais d’exposer ainsi à tous les yeux l’infériorité de ma position. Je ne prétendais à rien, et cependant me montrer ainsi à côté de mes égaux m’était pénible. Je me dis qu’en allant de bonne heure, je me cacherai dans la partie du gradin où je serais le moins en vue, et que dans la foule on ne me remarquerait peut-être pas. Enfin, le désir de voir madame de Nevers l’emporta sur tout le reste, et je pris un billet pour une fête que donnait l’ambassadeur d’Angleterre, et où la reine devait aller. Je me plaçai en effet sur des gradins qu’on avait construits dans l’embrasure des fenêtres d’un immense salon ; j’avais à côté de moi un rideau, derrière lequel je pouvais me cacher, et j’attendis là madame de Nevers, non sans un sentiment pénible, car tout ce que j’avais prévu arriva, et je ne fus pas plus tôt sur ce gradin que le désespoir me prit d’y être. Le langage que j’entendais autour de moi blessait mon oreille. Quelque chose de commun, de vulgaire, dans les remarques, me choquait et m’humiliait, comme si j’en eusse été responsable. Cette société momentanée où je me trouvais avec mes égaux m’apprenait combien je m’étais placé loin d’eux. Je m’irritais aussi de ce que je trouvais en moi cette petitesse de caractère qui me rendait si sensible à leurs ridicules. […] Madame de Nevers entrait à ce moment. […] Elle s’avança, et elle allait passer près du gradin sans me voir, lorsque le duc de L. me découvrit au fond de mon rideau, et m’appela en riant. Je descendis au bord du gradin, car je ne voulais pas avoir l’air honteux d’être là. Madame de Nevers s’arrêta, et me dit : « Comment ! Vous êtes ici ? – Oui, lui répondis-je, je n’ai pas pu résister au désir de vous voir danser ; j’en suis puni car j’espérais que vous ne me verriez pas. »

 

Edouard

Claire Louisa Rose Bonne, duchesse de Duras, née de Coëtnempren de Kersaint

 

 

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Published by Le vidame - dans Littérature
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commentaires

Bajazet 30/04/2010 22:58


Pour la question éditofunèbre, aucune idée de la réponse


Caroline 29/04/2010 12:21


Pour info: M. Winock sera l'invité de l'émission 'Questions d'éthique' sur France Culture lundi 3 à 21h pour évoquer Mme de Staël.


Caroline 28/04/2010 14:39


(Il y avait de la friture sur la ligne)

Oui, oui, une autre biographie sur Mme de Staël. Non, non, rien de nouveau. Mais au moins un regard (bienveillant, j’ai cru comprendre ; j’ai entendu Winock en parler) plus axé sur l’action
intellectuelle et politique que d’autres ; c’est déjà beaucoup, sans doute.

Tiens, j’ai une question. Quand un éditeur (au hasard, Fayard) signe un contrat avec un auteur pour une biographie, verse une avance sans doute, que cet auteur y travaille, rédige même certaines
parties, mais meurt avant de terminer, est-ce que l’éditeur récupère la matière déjà faite ?... Mais non, ce n’est pas une question perfide !...


Le vidame 23/04/2010 15:32


Oui j'ai vu ça en rayon. C'est imposant.

Allo Caroliiiiiiiine ?


Bajazet 22/04/2010 20:46


Tiens, Michel Winock publie une biographie de Mme de Staël ?